Exposition Barabacanes au CAUE

Les BARBACANES sont pratiquement invisibles pour les Limougeaudes et Limougeauds. Or, ils vivent dans une ville où le paysage urbain offre partout des collines plus ou moins pentues. Les murs de soutènements foisonnent. S’adaptater au sol, éviter les glissements des terres nécessite  murs et barbacanes. Ces dernières laissent échapper la surpression des terres humides.

Dans la 4e ville où il pleut le plus en France, ces petits ouvrages balisent le paysage. Merci au rigoureux travail des maîtres artisans maçons !

Les dérèglements climatiques actuels et l’imperméabilisation quasi générale des terrains, empêcheront-il les éboulements liés aux prévisions de déluges ?

L’expérience commandait de placer des barbacanes sur les murs tous les trois ou quatre pas. Leur hauteur se déterminait par la masse de terre à retenir, d’où parfois plusieurs niveaux de ces petits trous.

Au programme Ballades et Expo

Cette exposition invite à une promenade de la colline du Sablard (sable pour construire) à celle de Louyat (retour à la terre dans une des plus grandes nécropoles de France, ouverte en 1806). le but de ces photos est de faire prendre conscience de l’importance des barbacanes pour ne pas vivre « hors sol ».

La rue Louis Charpentier de Belcour présente un mur de soutènement d’une longueur exceptionnelle à Limoges, avec près de 50 barbacanes. Le panneau central est dédié à cette enceinte Sud de l’ancienne caserne Marceau. Celle-ci dispose d’autres murs de soutènements peu visibles de l’extérieur, côté Est (Impasse des Moineaux) et Nord (rue d’Argenton, où la consolidation a nécessité des tirants acier d’ancrage de grande hauteur pour la maison d’angle côté rue de la Passerelle).

Les 4,3 ha de l’ancienne caserne ont été parfaitement nivelés en 1880, à l’issue de 4 ans de travaux monumentaux.

Ces barbacanes, contraintes incontournables, impactent tous futurs projets de logements ou d’activités.

Un dernier mot sur l’aspect ludique et pédagogique, voulu en mémoire de Raoul Hausmann, car en toute occasion, le Dadasophe partageait plaisir et savoir.

Merci pour votre attention et belle barbaballade !

« JE NE SUIS PAS UN PHOTOGRAPHE ! » C’est par cette affirmation radicale que Raoul Hausmann explique et surtout justifie la manière nouvelle, dont il fait usage de la photographie. D’où cette brutale expression dans son ouvrage Le Courrier Dada, rédigé en 1958 à Limoges.

Il précise les circonstances de sa découverte de ce procédé artistique, durant un séjour sur la côte de la mer Baltique. Il décide de détourner la fonction de représentation de la réalité, donnée par le médium photographique, et, ainsi, de réaliser «  des tableaux entièrement composé de photos découpées ».

Ce détournement de fonction, déjà réalisé en 1918, Raoul Hausmann va d’abord en parler comme un Klebelbild (Tableau collé). Au fil des mois le dadaïste berlinois propose à ses compagnons Hannah Höch et Johannes Baader, d’en approfondir la pratique et d’en préciser la définition. Il les qualifiera alors de Photomontages.

Par ce procédé artistique, il crée un jeu de constructions. Il élabore une dérive* des sens. Elle lui permet de drainer l’esprit de notre temps. Plus possible d’ignorer que le détournement** d’éléments esthétiques préfabriqués est la matrice d’une critique en acte de toutes les pratiques artistiques de l’époque.

C’est ainsi que les idées s’améliorent. Le sens des mots, des images et des gestes y participent. Le Photomontage devient nécessité. Le Formalisme et l’Utilitarisme l’ont rendu irrévocable : les barbacanes ne peuvent pas être réduites à des seuls impératifs techniques. Le Progrès l’implique. Cette pratique de la psychogéographie*** demande alors aux hommes sans qualité de notre temps bien plus qu’elle n’a demandé aux hommes spécialisés. Elle exige la création de situations**** dynamiques, un détournement dédoublé de la fonction et du sens d’éléments constitutifs du vocabulaire urbain. Elle permet de cesser de reproduire des conduites, modèle de la représentation de la vie réifiée. Elle est le témoignage concret de l’esprit ludique, issu des photocollages dadaïstes, de l’élargissement de ce qu’il était déjà essentiellement : une désaliénation par exploration. Ces barbacanes sont à nouveau des failles de l’espaces-temps. Elles trouvent ici leur réalisation en une version cartonnée, ou plutôt dans une subversion carabinée.

Raoul Hausmann Fan Club

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Quelques définitions

* Dérive : mode de comportement expérimental lié aux conditions de la société urbaine. Technique du passage hâtif à travers des ambiances variées. Se dit aussi, plus particulièrement, pour désigner la durée d’un exercice continu de cette expérience.

** Détournement : s’emploie par abréviation de la formule « détournement d’éléments esthétiques préfabriqués ». Intégration de productions actuelles ou passées des arts dans une construction supérieure du milieu.

*** Psychogéographie : étude des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus.

**** Situation construite : moment de la vie, concrètement et délibérément construit par l’organisation collective d’une ambiance unitaire et d’un jeu d’événements.